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Regards croisés : Quels sont les besoins fondamentaux de demain ?

Mis à jour le 15 Sep 2026
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Depuis 15 ans, la stratégie d’investissement de Citizen Capital est centrée sur la réponse aux besoins fondamentaux. Nos fonds priorisent des secteurs résilients avec des marchés et des besoins profonds, tels que la formation et l’éducation, la santé et le bien-vieillir, et plus récemment l’économie circulaire et le climat.

Pendant longtemps, les besoins fondamentaux ont été appréhendés sous un angle essentiellement individuel : se nourrir, se loger, se soigner, accéder à l’éducation ou à un emploi. Cette approche demeure indispensable. Mais elle n’est plus suffisante pour relever les défis du XXIe siècle, ni pour orienter le capital vers ce qui conditionnera réellement la stabilité et la prospérité des sociétés européennes de demain.

Notre comité de mission nous a encouragé à ré-interroger cette notion, centrale dans notre approche d’investissement, alors que se dessinent de nouveaux besoins collectifs : faire société, discerner le vrai du faux, rester utile face à l’IA, préserver nos conditions de vie sur Terre

Pour en débattre, nous avons réuni Emery Jacquillat, entrepreneur, ancien dirigeant de la Camif et co-fondateur de la Communauté des Entreprises à Mission, dont l’engagement pour une économie au service du bien commun irrigue tout son parcours, et par ailleurs membre du Comité de mission de Citizen Capital; et Laurence Méhaignerie, co-fondatrice de Citizen Capital, qui porte cette réflexion depuis la création de notre société de gestion.

Leur échange dessine une lecture exigeante de ce que « donner du sens » à la finance peut signifier aujourd’hui.

Depuis 2008, Citizen Capital agit sur les besoins fondamentaux. Ces besoins sont-ils en train d’évoluer ?

Emery JacquillatNous sommes percutés par des crises et des ruptures sociales, environnementales, géopolitiques et technologiques qui déstabilisent nos sociétés en profondeur. Un nouveau niveau de besoins émerge au-dessus de la pyramide de Maslow : se projeter dans l’avenir, discerner le vrai du faux, rester utile face à une technologie qui redistribue les rôles, appartenir à des communautés humaines solides. On remarque qu’aux besoins individuels s’ajoutent des besoins collectifs. C’est la réponse à ces besoins qui permettra de soutenir la base de notre démocratie fragilisée, en préservant notre capacité future à faire société ensemble.

Laurence MéhaignerieJe partage le constat. Ce qui me frappe, c’est que le socle de la pyramide de Maslow semble s’éroder sur des besoins fondamentaux considérés comme largement satisfaits en France. Je pense à l’accès à des services basiques de santé, à une alimentation de qualité, l’accès à l’eau potable ou le manque de sommeil des jeunes. Et pour autant, l’approche des besoins sous un angle matériel et individuel, si elle demeure indispensable, n’est plus suffisante. Nos sociétés font face à des fragilités qui ne sont plus d’ordre matériel : isolement, désinformation, perte de lien social. Il faut tenir les deux bouts.

On remarque qu’aux besoins fondamentaux individuels s’ajoutent des besoins collectifs.

Résilience, souveraineté, robustesse : comment lisez-vous ce glissement de vocabulaire dans l’écosystème européen ?

E.J.Ces mots ont le mérite de nommer quelque chose de réel : notre dépendance excessive aux acteurs étrangers pour ce qui est vital. La souveraineté recouvre tous les enjeux de notre autonomie européenne : l’autonomie alimentaire, énergétique et technologique, l’indépendance de nos organes démocratiques, l’accès à une information juste. Le glissement actuel qui consiste à l’enfermer dans le registre géopolitique et la défense nous fait perdre l’essentiel. Les enjeux sociaux, environnementaux, numériques restent constitutifs de ce que nous devons préserver.

L.M. – Oui, si nous prenons au sérieux ce terme désormais omniprésent de « souveraineté », il faut le considérer à l’aune des besoins fondamentaux d’une société : réduire notre dépendance alimentaire grâce à des systèmes agricoles soutenables, diminuer les coûts énergétiques grâce aux énergies renouvelables, construire un écosystème numérique résilient fondé sur les valeurs européennes, préparer la prochaine génération à une économie façonnée par l’intelligence artificielle. Une société qui n’assure pas un bon niveau d’éducation et d’accomplissement à sa population devient vulnérable au populisme et au repli identitaire. La finance à impact a beaucoup à apporter aux enjeux d’autonomie stratégique !

L’Europe cherche encore son récit face aux puissances américaine et chinoise. Quel rôle pour l’investissement à impact, et pour Citizen Capital en particulier ?

LM.L’investissement à impact entre dans une nouvelle phase de maturité. Pendant longtemps, de nombreux modèles économiques créateurs de valeur pour la société se sont développés avec l’appui de financements ou d’incitations publiques. Des pans entiers de l’économie doivent désormais composer avec une baisse des budgets publics (CPF, CEE, aides au bio…). La prochaine vague de l’investissement à impact va reposer sur une transformation profonde de la perception du risque par les investisseurs. Les enjeux climatiques, la préservation de la biodiversité ou encore la cohésion sociale ne peuvent plus être considérés comme de simples externalités : ils influencent déjà la résilience des entreprises, la sécurité des chaînes d’approvisionnement, les coûts opérationnels et, in fine, la valeur des actifs. La question se pose néanmoins de l’importance qui sera accordée aux enjeux sociaux…

E.J. Les besoins fondamentaux du XXIe siècle nécessitent du temps long, des approches systémiques, une capacité de coopération forte et de nouveaux types de véhicules d’investissement. Déployer une stratégie d’investissement pour répondre aux besoins fondamentaux, c’est faire le pari que les sociétés qui résisteront demain ne seront pas les plus puissantes technologiquement, mais celles qui auront su préserver leur cohésion, leur autonomie et leur capacité à donner du sens. Citizen Capital joue un rôle de pionnier dans cette transformation.

Miser sur les besoins fondamentaux, c’est faire le choix du temps long.

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Cet article est le premier de notre série Regards Croisés : Quatre conversations pour explorer les grandes questions qui traversent l’investissement à impact en compagnie d’une personne de notre écosystème.

Retrouvez l’intégralité des Regards croisés dans notre dernier Rapport de Mission et d’Impact.