Nos contributions

Regards croisés : Créer de la valeur grâce à la mission

Mis à jour le 13 Oct 2026
Retour aux actualités

On oppose encore trop souvent la mission d’une entreprise à sa performance, comme si l’une se payait au prix de l’autre. Avec ce regard croisé, c’est précisément ce présupposé que nous avons voulu contrer. Car dans notre expérience d’investisseur, les entreprises les plus robustes ne sont pas celles qui mettent leur raison d’être de côté quand le contexte se tend, mais au contraire celles qui s’en servent comme d’une boussole.

Pour explorer ce lien, nous avons croisé les regards de Marion Pelletier, experte en stratégie impact et ESG au sein du cabinet Better Way et membre de notre comité de mission, qui accompagne au quotidien des entreprises dans la structuration de leur démarche ; et de Pierre-Olivier Barennes, co-fondateur de Citizen Capital. Ensemble, ils reviennent sur ce que la mission apporte concrètement (clarté des arbitrages, résilience, engagement des équipes), mais aussi sur les tensions bien réelles qu’elle génère avec le développement business, et sur la façon de les traverser sans dévier :

Dans quelle mesure la mission constitue-t-elle un levier de création de valeur ?

Marion Pelletier — La mission est intrinsèquement liée à la création de valeur : une entreprise n’existe que parce qu’elle en crée. Le poids pris par les enjeux financiers ces dernières décennies a fait perdre de vue cette évidence : si l’on rassemble des ressources et des compétences, c’est pour faire mieux et faire plus. Avoir une mission conscientisée aide à réaliser des arbitrages qui rendent l’entreprise plus robuste et résiliente dans le temps. Avec une mission claire, la demande reste présente, les partenaires s’engagent, les équipes comprennent la direction et peuvent décider avec agilité. C’est particulièrement essentiel dans les périodes d’incertitude : la mission est à la fois la colonne vertébrale qui tient et la boussole qui oriente.

Pierre-Olivier Barennes — La mission nous force à revenir à la question au fondement de l’entreprise : à quoi sert-elle ? Cette perspective est puissante, c’est elle qui constitue la base de la création de valeur. Ipso Santé en est une illustration concrète, dans la définition de ses objectifs stratégiques, son organisation et sa culture. Avec ses cabinets de médecine généraliste, Ipso se donne comme priorité le soin, la prévention et l’attention portée au patient, en développant une organisation innovante facilitant le travail des soignants, une culture du partage médical qui crée une réelle différenciation, le tout contribuant à un système de santé efficace en premier recours.

La mission nous force à revenir à la question au fondement de l’entreprise : à quoi sert-elle ?

La mission peut cependant également générer des tensions avec le développement business…

POB — Les tensions existent par définition dans toute entreprise. Y faire face contribue souvent à prioriser les choix et renforcer les modèles économiques car elles poussent à se poser les bonnes questions. Karos, plateforme de covoiturage courte distance, doit couvrir des territoires peu denses où l’autosolisme domine, mais a choisi de partir des grandes agglomérations pour rayonner progressivement vers les zones plus isolées. Ces arbitrages ne sont pas des renoncements : ce sont des séquences de développement qui préservent la crédibilité du modèle.

MP — Ces tensions sont normales et saines. Accepter une certaine frustration et reconnaître qu’on ne peut pas tout résoudre immédiatement font partie de l’équation. Une raison d’être claire permet de garder le cap et pousse naturellement à intégrer les parties prenantes nécessaires. Sans cette clarté, on peut les ignorer jusqu’à ce que le modèle dysfonctionne.

Accepter une certaine frustration et reconnaître qu’on ne peut pas tout résoudre immédiatement font partie de l’équation. une raison d’être claire permet de garder le cap.

Quel rôle est censé jouer un investisseur à impact pour accompagner au mieux les entreprises à impact dans leur développement ?

MP — Le rôle d’un investisseur à impact repose sur trois piliers : un regard externe bienveillant pour aider les entrepreneurs à prendre du recul, un devoir de vigilance pour anticiper les dérives et un apport d’outils et de méthodologies concrets.

POB — L’énorme différence entre un investisseur classique et un investisseur à impact, c’est que ce dernier apporte intrinsèquement une vision stratégique. Là où les boards peuvent avoir tendance à se concentrer sur des indicateurs financiers et la « bottom line », l’investisseur à impact revient en permanence à la boussole : à quoi sert l’entreprise ? Il pousse à suivre des indicateurs de création de valeur réelle (usages clients, bénéficiaires servis, satisfaction, impact mesuré) et pas seulement des indicateurs financiers.