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Mesurer son impact : pourquoi et comment ?

Mis à jour le 25 Mar 2026
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La croissance d’une entreprise à impact entraîne-t-elle automatiquement une croissance de son impact ? Pas nécessairement. Effets de rebond, externalités négatives, angles morts : sans mesure structurée, l’impact reste une intention, pas une réalité pilotable. Dans cet article, nous explorons pourquoi et comment mesurer son impact de façon utile et crédible.

Dans cet article, vous apprendrez :

  • Pourquoi la croissance économique ne garantit pas la croissance de l’impact
  • Ce que sont les effets de rebond et pourquoi ils peuvent tromper (exemples : seconde main, reconditionnement)
  • Comment construire une théorie du changement pour structurer sa mesure
  • Quels indicateurs choisir — et lesquels éviter
  • Comment Deuxième Avis utilise la mesure d’impact comme outil de pilotage stratégique
  • Comment intégrer la mesure dans la gouvernance de façon durable

Pourquoi mesurer l’impact ?

L’impact ne se déduit pas automatiquement de la croissance

Une idée largement répandue consiste à penser que la croissance de l’impact d’une entreprise à impact suit naturellement sa trajectoire de croissance économique.

En réalité, cette relation n’a rien d’automatique. La croissance accroît les volumes, mais aussi la complexité des effets générés : effets indirects, externalités négatives, effets de rebond ou déplacements d’impact.

Sans mesure, il est devient très complexe de savoir si l’impact progresse réellement, stagne… ou se détériore.

Comprendre les effets de rebond et les effets tiers

La mesure d’impact permet précisément de mettre en lumière ces effets invisibles à première vue.

Un exemple souvent cité est celui de la seconde main. Intuitivement, acheter un produit d’occasion semble toujours plus vertueux que l’achat neuf. Pourtant, plusieurs études ont montré que le développement massif de la seconde main peut générer un effet de rebond :

  • baisse du coût perçu,
  • augmentation de la consommation globale,
  • réduction moindre que prévue de la production neuve.

Des plateformes comme Vinted ont ainsi été interrogées sur leur impact réel : sans mesure fine, difficile de savoir si elles substituent effectivement des achats neufs ou si elles encouragent une surconsommation “déculpabilisée”.

On retrouve des enjeux similaires dans l’économie circulaire et le reconditionnement. Prenons le cas du matériel électronique reconditionné : est-il systématiquement plus vertueux qu’un produit neuf ?

La réponse est oui dans la grande majorité des cas mais l’ampleur de l’impact dépend de nombreux paramètres, consommation énergétique du reconditionnement, durée de vie réelle prolongée, taux de retour, transport, usages, etc.

Mesurer l’impact permet de passer du récit à la compréhension réelle des effets générés.

Mesurer pour être crédible en externe

En externe, la mesure d’impact répond également à un enjeu croissant de redevabilité et de crédibilité.

Investisseurs, partenaires, clients et régulateurs attendent désormais des preuves, pas seulement des engagements.

Une démarche de mesure structurée permet :

  • de valoriser l’impact généré auprès des clients ou de la collectivité
  • de renforcer la confiance des parties prenantes,
  • de dialoguer sur des bases factuelles,
  • de positionner l’entreprise comme un acteur sérieux et transparent.

Dans un écosystème où les discours se multiplient, la capacité à démontrer son impact devient un avantage compétitif réputationnel.


Comment mesurer l’impact ?

Partir de la mission et de la théorie du changement

Mesurer l’impact ne consiste pas à empiler des indicateurs.

La première étape est de clarifier ce que l’entreprise cherche réellement à transformer, et comment son activité contribue à ce changement.

Cela passe par la formalisation d’une théorie du changement :

  • quels besoins ou problèmes sont adressés,
  • quelles activités sont mises en œuvre,
  • quels résultats sont attendus,
  • quels impacts sont recherchés à moyen et long terme.
  • quels bénéficiaires sont visés

Cette étape est structurante : elle évite de mesurer ce qui est facile plutôt que ce qui est pertinent.

Choisir des indicateurs utiles, pas exhaustifs

Une bonne mesure d’impact repose sur un nombre limité d’indicateurs significatifs, adaptés au stade de maturité de l’entreprise.

L’enjeu n’est pas l’exhaustivité, mais la capacité à :

  • suivre l’évolution dans le temps,
  • comparer des trajectoires,
  • éclairer les décisions stratégiques.

Ces indicateurs peuvent être quantitatifs ou qualitatifs, directs ou indirects, mais ils doivent toujours être reliés à un usage concret.


Un exemple concret : Deuxième Avis, mesurer pour piloter l’impact

Le cas de Deuxième Avis illustre bien comment la mesure d’impact peut devenir un outil de pilotage.

L’entreprise, qui permet à des patients confrontés à des problèmes de santé complexes d’obtenir un deuxième avis gratuitement ne se contente pas de suivre son activité.

Concrètement, Deuxième Avis a défini plusieurs objectifs de mission qu’elles pilotent via des indicateurs spécifiques :

Maximiser les chances de guérison des patients frappés par des maladies graves

  • le nombre de bénéficiaires potentiels et l’usage réel du service (avis rendus)
  • Nombre de patients pour lesquels une opération a été évitée suite au deuxième avis

Faciliter l’accès à l’expertise médicale à tous patients

  • le taux de recommandation des utilisateurs et des études qualitatives menées plusieurs mois après l’avis,
  • la part de patients résidant dans des zones sous-dotées ou des déserts médicaux,
  • l’origine sociale des patients et la prise en compte du handicap,

Transfert d’expertise médicale – acceptation par la communauté médicale

  • la part des avis initiés sur recommandation médicale et les partenariats avec les acteurs de santé.

 


Cette approche permet d’identifier les écarts entre accès théorique et usage réel, de mettre en lumière des angles morts (publics peu touchés, freins culturels ou territoriaux) et d’ajuster en continu sa stratégie.

Ici, mesurer l’impact ne sert pas seulement à prouver l’utilité sociale : cela permet de mieux décider, et de sécuriser la cohérence de la mission dans la durée.

Intégrer la mesure dans la gouvernance

Pour être utile, la mesure d’impact doit dépasser le reporting ponctuel.

Elle gagne à être intégrée :

  • aux instances de gouvernance,
  • aux processus de décision,
  • aux arbitrages stratégiques.

Utilisée ainsi, elle devient un outil vivant, au service de la performance globale et de la cohérence de long terme.

Accepter l’imperfection et progresser

Enfin, mesurer l’impact ne signifie pas tout mesurer parfaitement dès le départ.

La démarche est par nature itérative : les indicateurs évoluent, la compréhension s’affine, les effets indirects apparaissent progressivement.

L’essentiel est d’entrer dans une logique d’apprentissage continu, plutôt que de rechercher une mesure parfaite mais déconnectée des usages.


En conclusion

Mesurer l’impact, ce n’est pas chercher à se rassurer.

C’est accepter de confronter ses intuitions à la réalité, d’identifier les zones d’ombre, et de piloter une trajectoire dans la durée.

À l’heure où l’impact est de plus en plus revendiqué, la mesure n’est plus un luxe méthodologique : elle est devenue une condition de crédibilité et de robustesse stratégique.

Si certaines estiment que leur mission suivra naturellement la croissance, toute trajectoire, surtout en phase d’accélération, comporte des tensions. À mesure qu’une organisation se développe, ses effets deviennent plus complexes, parfois contre-intuitifs. Sans mesure structurée, l’impact risque de rester au stade d’une “bonne intention”. Bien pensée, la mesure d’impact permet donc de comprendre ce qui fonctionne réellement, d’identifier les effets indirects ou de rebond, et de piloter la stratégie dans la durée. Elle est à la fois un outil interne de décision et un levier externe de crédibilité et de valorisation de l’impact généré auprès des parties prenantes.