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Économie circulaire : Citizen Capital au World Impact Summit

Mis à jour le 03 Mar 2026
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Laurence Méhaignerie, notre présidente fondatrice, et Bastien Rambaud, cofondateur de Vesto (notre dernière participation), sont intervenus au World Impact Summit Paris lors d’une table ronde sur la circularité et l’industrie. Retour sur une discussion qui éclaire notre vision de l’économie circulaire et les défis de son financement.

Le World Impact Summit réunit chaque année les acteurs de la transformation sociale et environnementale. Cette première édition parisienne a confirmé l’urgence d’industrialiser les solutions existantes et de passer à l’échelle.

Notre participation à cet événement reflète notre conviction : l’investissement à impact n’est pas une niche philanthropique, mais un levier structurant pour construire une économie résiliente, sobre en ressources et créatrice de valeur partagée.

World Impact Summit• 6 février 2026 • Paris

Voir la table ronde


Sommaire

  1. Une table ronde pour changer le narratif
  2. Vesto : quand l’industrie circulaire devient réalité
  3. Financer l’économie circulaire : accepter le temps long
  4. Trois appels à l’action

Une table ronde pour changer le narratif

Le World Impact Summit a consacré 50 minutes à une question cruciale : comment industrialiser l’économie circulaire ? Aux côtés de Laurence et Bastien, deux autres actrices de la filière : Célia Rennesson cofondatrice directrice du Réseau Vrac et Réemploi (fédération professionnelle du réemploi des emballages) et Sixtine Jourde-Roussel, directrice des Coalitions de Circul’R (écosystème au service de la transition des entreprises et des territoires vers une économie circulaire).

Le point de départ : l’économie linéaire n’est plus tenable. La vente en volume détruit la valeur, dégrade notre compétitivité, et nous rend dépendants de matières premières dont nous ne maîtrisons plus les prix. Avec la fin de l’énergie fossile bon marché et les risques géopolitiques, il n’y a rien de désirable dans ce modèle.

L’objectif de la table ronde ? Démontrer que la circularité crée de la valeur économique, environnementale et sociale.

 

Vesto : quand l’industrie circulaire devient réalité

Le choc des fours jetés

Bastien Rambaud a raconté la genèse de Vesto, créée en 2020. Lui et ses cofondateurs venaient du monde de la restauration et étaient « choqués de voir des fours faits pour durer 25 ans être jetés au bout de 2 ou 3 ans. »

Leur réponse : construire une usine de reconditionnement industriel à Compans, au bout des pistes de Roissy. Vesto ramasse les équipements professionnels destinés à la benne — fours, lave-vaisselle, chambres froides — les remet à neuf et les revend 50% moins cher que le neuf. Aujourd’hui, l’entreprise emploie 55 personnes, dont plusieurs en parcours d’insertion, et s’est étendue à quatre secteurs : restauration, froid commercial (partenariat avec Picard), matériel médical (échographes) et BTP.

La valeur intrinsèque, condition sine qua non

Un point soulevé pendant la table ronde a particulièrement retenu l’attention : tous les produits ne se prêtent pas au reconditionnement industriel. Bastien a expliqué que vu la technicité de leur usine, Vesto ne peut pas reconditionner des produits dont la valeur neuve est inférieure à 2 000 €. Heureusement, dans la restauration professionnelle, les équipements valent plutôt 5 000 € neufs.

Mais le problème se pose avec l’apparition de marques « low cost » qui vendent des produits dits « semi-pro » — « ça veut dire pas du tout pro » — à 800 €. Quand ces machines arriveront en seconde main dans 18 mois, Vesto ne pourra rien en faire. D’où cette conviction : « On défend une économie circulaire, mais on défend surtout des achats faits pour durer longtemps. »

Le besoin de planification industrielle

Bastien a fait un parallèle éclairant avec d’autres filières industrielles : « On est exactement au même stade que d’autres secteurs lorsqu’ils sont nés. Quand on a créé Airbus, ça ne s’est pas fait du jour au lendemain. Il y a eu une vraie planification, un écosystème créé, ancré localement avec des écoles, des financements, de la commande publique. »

Le problème aujourd’hui ? La France dispose d’un arsenal législatif puissant avec la loi AGEC, mais son application reste très en deçà des ambitions. L’article 58 demande aux collectivités d’acquérir une proportion minimale de biens issus du réemploi ou contenant des matières recyclées (de 20% à 100% selon les catégories de produits). Dans la famille de produits de Vesto, on est à moins de 1% — alors que l’objectif est en vigueur depuis 2024.

« On a besoin de visibilité pour se projeter dans le temps long, » a insisté Bastien. « On construit, on recrute, on ouvre des usines. Mais pour faire de la prospective, on a besoin d’un cadre établi qui évolue moins vite mais plus certainement. »

 

Financer l’économie circulaire : accepter le temps long

Pourquoi nous avons investi dans Vesto

Laurence a commencé par poser un diagnostic : « On est encore dans un monde où les modèles économiques sont construits sur l’hypothèse d’une croissance infinie, donc avec l’hypothèse que les ressources sont infinies. On sait aujourd’hui que c’est erroné, mais les modèles économiques n’ont pas encore réellement changé. »

C’est précisément là que les investisseurs à impact comme Citizen Capital apportent quelque chose de nouveau : une analyse qui ne se limite pas au risque et au rendement. Nous regardons d’abord si l’entreprise contribue clairement à un enjeu environnemental ou social. Ensuite, nous vérifions que le modèle économique est viable. Mais nous acceptons que les rendements soient adaptés aux besoins servis — pas de x2, x3, x4 systématique.

« Pendant les 15 premières années, on a voulu montrer que c’était possible de rendre de l’argent en faisant de l’impact, » a expliqué Laurence. « On a réussi. Ensuite, on s’est dit qu’on ne peut pas financer juste des start-ups à très fort potentiel — on ne va pas régler les problèmes juste avec ça. »

C’est ainsi que Citizen Capital a commencé à diversifier ses investissements : un fonds dans l’agriculture qui porte du foncier sur 30 ans avec des rendements de 2-4%, des Contrats à Impact Social, et maintenant l’économie circulaire avec Vesto.

Le bon timing : ni trop tôt, ni trop tard

Laurence a soulevé un paradoxe crucial : les fonds qui ont investi massivement dans des secteurs naissants en se fondant uniquement sur la réglementation ont souvent échoué. Le cas d’Ÿnsect (protéines d’insectes) a marqué les esprits dans le monde de l’investissement.

« Quand vous entrez trop tôt, trop vite dans un secteur naissant où les filières ne sont pas construites, le risque est élevé. Il y a un équilibre à trouver pour être au bon moment. Vesto est un bon exemple de ce point de vue. »

Pourquoi ? Parce que la filière existe déjà en partie, la loi AGEC pose un cadre (même si insuffisamment appliqué), la valeur économique est démontrée, et le besoin de financement arrive à maturité.

 

Trois appels à l’action

#PourUnCodeNAF

Le mot de la fin de Bastien a été à la fois percutant et révélateur : « Aujourd’hui, même pour décrire notre filière, c’est difficile — on n’existe pas dans la statistique économique parce qu’on n’a tout simplement pas de code NAF. Donc le mot de la fin : un code NAF pour le réemploi. »

Le contexte est alarmant : une des plus belles usines circulaires de France, Blackstar dans le Nord, est en train de fermer avec 150 emplois menacés. Comme toutes les filières industrielles naissantes, l’économie circulaire a besoin d’être soutenue, reconnue, structurée.

Appliquer les lois existantes

Laurence a insisté sur ce point : « On a un arsenal législatif et réglementaire hyper puissant en France. La question est celle de l’atteinte des ambitions qu’on a avec. Il faut des moyens pour que nos législations puissent réellement être mises en œuvre. »

La loi AGEC existe. Elle fixe des objectifs ambitieux. Mais entre le texte et sa mise en œuvre, il y a un fossé qu’il faut combler — avec de la volonté politique, des moyens, et de la constance réglementaire.

Changer le narratif

Sixtine, de Circul’R, a conclu avec cette recommandation : « L’économie circulaire est vraiment un enjeu de robustesse et de résilience des chaînes de valeur. C’est comme ça qu’il faut en parler aujourd’hui pour convaincre les politiques et les industriels. »

Nous partageons cette conviction. L’économie circulaire n’est pas qu’une question environnementale — c’est une question de souveraineté économique, de création d’emplois locaux, et de compétitivité industrielle.

 


Notre engagement dans l’économie circulaire

L’économie circulaire fait partie intégrante de notre stratégie d’investissement, au sein de notre pilier « Transformer » (qui inclut aussi le climat, l’efficacité énergétique, la mobilité, la biodiversité et l’agriculture).

Vesto n’est pas notre premier investissement dans ce secteur, mais c’est certainement l’un des plus emblématiques de notre évolution : nous sommes passés du financement de startups à fort potentiel de croissance au financement d’infrastructures industrielles qui nécessitent du temps, de la patience capitalistique, et une compréhension fine des dynamiques réglementaires et de filière.

C’est précisément pour cela que nous existons : mobiliser des capitaux au service de la transition, avec des modèles économiques viables et des rendements adaptés aux enjeux.

 

 

📊 Chiffres clés : économie circulaire et investissement à impact

Vesto (participation Citizen Capital)

  • 55 emplois créés, dont parcours d’insertion professionnelle
  • 80% du matériel collecté est reconditionné (20% recyclé)
  • -50% de prix par rapport au neuf
  • 4 secteurs couverts : restauration, froid commercial, matériel médical, BTP
  • 2 000 € : valeur neuve minimum pour que le reconditionnement soit viable
  • 25 ans : durée de vie d’un four professionnel (souvent jeté après 2-3 ans)
  • Usine à Compans (93), au bout des pistes de Roissy

Citizen Capital

  • 235 M€ d’actifs sous gestion
  • 50+ investissements depuis 2008
  • 6 fonds actifs (5 classés Article 9 SFDR)
  • Score B Corp : 115,3
  • Société à mission depuis 2021
  • 3 stratégies : Growth, Agriculture, Associations

Économie circulaire en France

  • 1 € public → 4 € total : effet multiplicateur de la coopération public-privé (selon Laurence Méhaignerie, Citizen Capital)
  • Article 58 de la loi AGEC : obligation d’acquérir une proportion de biens issus du réemploi/réutilisation ou contenant des matières recyclées (de 20% à 100% selon les catégories de produits : mobilier, informatique, véhicules, etc.)
  • <1% : taux réel d’application dans certains secteurs comme le matériel professionnel (secteur de Vesto), alors que la loi est en vigueur depuis 2024
  • 10% d’emballages réemployés : objectif loi AGEC pour 2027. Taux actuel : environ 1-1,6% (sources : Réso Vrac Emploi, ADEME 2024)
  • 13,4 tonnes/habitant : empreinte matière de la France en 2022 (quantité totale de matières premières mobilisées pour satisfaire la consommation, source : SDES)
  • 150 emplois menacés : fermeture annoncée de Blackstar, usine circulaire dans le Nord
  • Pas de code NAF : la filière du réemploi industriel n’existe pas dans les statistiques économiques françaises

 


❓ Questions fréquentes

Pourquoi Citizen Capital a-t-elle investi dans Vesto ?

Vesto représente le bon timing pour investir dans l’économie circulaire : la filière est en maturation (pas trop tôt), le modèle économique est viable grâce à la valeur intrinsèque élevée des produits reconditionnés (>2 000€), un cadre réglementaire existe (loi AGEC), et l’impact est mesurable (emplois créés, tonnes de CO₂ évitées, taux de reconditionnement de 80%).

C’est notre investissement le plus récent et il incarne notre évolution : du financement de startups à fort potentiel vers le financement d’infrastructures industrielles nécessitant du temps long et de la patience capitalistique.

Qu’est-ce que la loi AGEC et pourquoi n’est-elle pas appliquée ?

La loi AGEC (Anti-Gaspillage pour une Économie Circulaire, 2020) est un arsenal législatif ambitieux. Son article 58 impose aux acheteurs publics (État, collectivités) d’acquérir une proportion minimale de biens issus du réemploi, de la réutilisation ou contenant des matières recyclées : entre 20% et 100% selon les catégories de produits (mobilier de bureau, téléphones, véhicules, matériel informatique, etc.).

Le problème : dans certains secteurs comme celui de Vesto, le taux réel est inférieur à 1%. Cette non-application crée un manque de visibilité pour les industriels qui ont besoin de se projeter dans le temps long pour investir, recruter et ouvrir des usines. Des modifications réglementaires trop fréquentes empêchent la planification industrielle nécessaire.

Tous les produits peuvent-ils être reconditionnés ?

Non. Vesto a démontré qu’il existe un seuil de viabilité économique : avec la technicité de leur usine, ils ne peuvent reconditionner que des produits dont la valeur neuve est supérieure à 2 000 €.

Le problème du « low cost » : l’apparition de produits « semi-pro » vendus 800 € neufs rend impossible leur reconditionnement futur. D’où la conviction de Bastien Rambaud : « On défend une économie circulaire, mais on défend surtout des achats faits pour durer longtemps. » On ne peut pas allonger la durée de vie d’un produit plus que ce pourquoi il a été conçu.

Quelle est la différence entre économie circulaire et recyclage ?

L’économie circulaire vise à réutiliser les produits et matériaux le plus longtemps possible avant de les recycler. C’est une hiérarchie :

  1. Réemploi (prioritaire) : le produit est remis en état et réutilisé tel quel
  2. Reconditionnement : le produit est réparé, testé, garanti
  3. Recyclage (dernier recours) : la matière est détruite et refabriquée

Chez Vesto, 80% du matériel collecté est reconditionné, 20% seulement part au recyclage. Le reconditionnement consomme beaucoup moins d’énergie que le cycle destruction/recyclage/refabrication.

Qu’est-ce que l’empreinte matière ?

L’empreinte matière mesure la quantité totale de matières premières mobilisées pour satisfaire la consommation d’un pays, y compris les flux indirects (matières utilisées à l’étranger pour produire les biens importés).

En France, l’empreinte matière est de 13,4 tonnes par habitant en 2022 (source : SDES). Cela inclut les minéraux, la biomasse, les combustibles fossiles et les minerais métalliques. Réduire cette empreinte est un enjeu clé de l’économie circulaire : produire autant de richesse avec moins de matière.

 


💡 L’essentiel à retenir

Économie circulaire : Modèle économique qui vise à produire de la richesse avec moins de matière en gérant le stock existant plutôt que le flux linéaire (extraire-fabriquer-jeter).

Investissement à impact : Investissement recherchant un double rendement (financier ET social/environnemental), avec intentionnalité, mesure de l’impact et additionnalité.

Loi AGEC : Loi Anti-Gaspillage pour une Économie Circulaire (2020) qui fixe des objectifs ambitieux de réemploi et de réduction des déchets.

 


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