Pascal Chazal, PDG d'Ossabois : «Un dirigeant autodidacte gagne à avoir un investisseur à ses côtés»
Pascal Chazal est le PDG d’Ossabois, leader français sur le marché de la réalisation d’ossatures en bois pour les maisons individuelles. Il raconte à Citizen Capital son parcours de dirigeant autodidacte :
Citizen Capital : Dans quelle mesure votre parcours d’autodidacte a-t-il été une barrière dans le développement de votre entreprise ?
PC : C’est simple pour être crédible en tant qu’autodidacte, j’ai du inventer des histoires ! J’ai par exemple dit pendant très longtemps que j’avais été formé dans le bois en Finlande. C’est difficile pour tout le monde. Mais quand vous n’avez rien, vous n’êtes tout simplement pas écouté en France, ni par les banques ni par vos fournisseurs. Il faut beaucoup de ténacité, car j’ai le sentiment qu’en France, plus qu’ailleurs, l’innovation suscite a priori la méfiance, surtout si celui qui la porte n’est pas sorti de polytechnique ou d’une grande école. J’ai également découvert que vous êtes dépourvu du réseau qu’ont les anciens des promos de ces écoles. Quand j’avais un souci, je ne pouvais pas appeler le collègue de ma promo devenu banquier, ingénieur ou financier. Enfin, l’autodidacte est obligé de faire confiance à son entourage, parce qu’il ne maîtrise pas des domaines clés pour la réussite de l’entreprise, comme la gestion. Ces lacunes m’ont parfois fait perdre du temps. J’ai eu beaucoup à apprendre sur le tas, et seul. Et j’ai souvent eu le sentiment qu’on n’attendait de moi qu’une chose : que je me casse la figure. Pour tout vous dire, ce sentiment ne me hante plus que depuis très récemment, au moment où, il y a un an, un investisseur est entré dans le capital d’Ossabois.
Citizen Capital : Dans quelle mesure, à l’inverse, votre parcours d’autodidacte a-t-il été un atout ?
PC : Quand on n’y connaît rien, on n’a peur de rien. Cela me rappelle cette phrase : « tout le monde savait que c’était impossible. Il y a un imbécile qui ne le savait pas, et il l’a fait ». Le fait d’être spécialiste vous donne des limites, dont vous n’osez pas sortir. Par exemple, je n’ai pas hésité à acheter une usine SEB qui fabriquait des grille-pains, dans les Vosges, et réorienter tout son personnel vers la fabrication de maisons en bois ! On m’a dit que j’étais fou. Je ressentais le besoin de me doter d’outils industriels pour la fabrication des maisons en bois, et cette usine avait la culture de l’industrie. L’usine atteint aujourd’hui les niveaux de productivité qu’elle avait… il y a 25 ans, aux grandes heures de l’électro-ménager.
Je n’ai pas d’idées préconçues parce que quand vous partez de zéro – j’ai construit mes premières maisons avec mes mains-, vous devez tout apprendre par vous-même, et les solutions que vous trouvez pour régler les problèmes peuvent être étonnantes, mais elles sont fondées sur l’expérience du terrain. L’autodidacte sait être visionnaire.
Citizen Capital : Quelle expérience retirez-vous du fait d’avoir accueilli un investisseur à votre capital ?
PC : C’est pour moi une expérience très enrichissante et salutaire. L’investisseur m’amène un cadre obligatoire, une discipline dans la gestion de l’entreprise et une nouvelle échelle des priorités : gagner de l’argent. Ma priorité, jusqu’alors, avait été d’être un bon commercial, de développer mon chiffre d’affaires (le CA d’Ossabois a été multiplié par 7 entre 2002 et 2007 pour atteindre 50M€), et d’avoir une vision de mon secteur et de mon activité (démontrer qu’on peut faire de la maison en bois industrialisée et haut de gamme). Mais la rentabilité de mon entreprise n’a jamais été en haut de mes priorités. Ce qui est pourtant essentiel au développement de l’entreprise. Cela paraît simple : rentrer plus d’argent qu’il n’en sort. Un dirigeant autodidacte a rarement une grande culture financière, et ce n’est pas lorsqu’il est le nez dans le guidon qu’il en acquiert les bons réflexes. C’est pourquoi j’ai tendance à penser qu’encore plus que d’autres, les autodidactes ont tout à gagner à avoir un investisseur à leur côté.